Se mettre en selle pour parler

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Les conversations importantes – Comment se préparer pour cette randonnée.

Imaginez que je vous donne un cheval, une selle, un objectif à atteindre avec un temps précis pour y arriver. Un détail supplémentaire, c’est votre première fois à cheval.

Dans ces circonstances, quel serait votre niveau de confort face à la nécessité de vous préparer, rester en selle et être bien certain que vous arriverez à destination dans les temps tous les deux. De façon sécuritaire.

Les étapes sont similaires à celles que vous devrez compléter pour mener à bien une conversation difficile concernant votre leadership, un collègue ou une équipe.

Dans le cas où le cheval est la conversation que vous devez enfourcher, la selle votre compétence à rester engagé, la direction représente le résultat et possiblement les défis. Le facteur temps correspond à la pression de livrer la marchandise.

Est-ce surprenant de constater que la majorité des gens préfèrent rester les pieds bien au sol ?

C’est un des bénéfices de ne pas s’engager sur le terrain des conversations difficiles – être certain à 100% que RIEN ne va changer.

Cette analogie de la selle réfère à une des premières leçons de l’Apprentissage guidé par le cheval (Equine Guided Education – EGE). Les chevaux n’accordent pas d’importance à votre titre, à la taille de votre équipe ou à la superficie de votre bureau. La superficialité dont nous pouvons parfois faire preuve lorsque nous nous adressons à la hiérarchie au travail est totalement inutile dès que nous mettons les pieds à l’écurie.

Cette expérience avec les chevaux permet aux participants de repousser leurs limites et de réévaluer leurs façons de faire. D’autres façons d’obtenir l’attention, d’entrer en contact avant de diriger, de travailler sur la relation peu importe le contexte. Le défi est d’accomplir ceci sans se servir de sa position hiérarchique et sans parler. Des moyens utilisés quotidiennement au bureau.

Un dirigeant a cristallisé ce concept en disant « ici, si je glisse, je n’ai qu’à me relever, à essuyer mon pantalon et continuer. Si cela m’arrive au bureau, devant des collègues ou des clients, ce n’est pas aussi facile.»

La conversation est plus complexe lorsque notre amour-propre fait également partie de la discussion.

Il y a beaucoup de similitudes entre monter à cheval et la vie au travail. Pas de simulateur, vous apprenez sur le tas, et quand vous faites une chute, ce mouvement vers le bas peut être douloureux et source d’anxiété. Plus souvent qu’autrement, les autres vous verront trébucher.

Lorsque j’ai commencé à monter à cheval, j’ai pris la même approche qui m’avait bien servi dans ma vie de dirigeante. J’ai revu l’aspect technique en théorie, j’ai observé les autres cavaliers réussir, et je me suis lancée avec enthousiasme.

Cela avait bien débuté, mais surprise, la frustration est apparue lorsque le cheval se raidissait, ou refusait simplement d’aller là où je voulais qu’il aille. Je faisais ce qu’il fallait (je pense) mais il déviait du parcours ou perdait intérêt. Et s’arrêtait. Ou me disait très clairement qu’il serait préférable que je descende et disparaisse.

Je tenais les rênes mais qu’en était-il du lien avec mon partenaire ?

Que manquait-il ?

La relation, la relation réelle, pas celle qui est en place en raison de la proximité ou créée par besoin.

Une relation issue du contact. En étant pleinement présent dans un espace qui peut être partagé par deux êtres ou une équipe entière. Des gens prêts à s’ouvrir, à s’expliquer et voir que les relations qui s’améliorent sont la pierre angulaire du succès.

Lors de nos ateliers à l’écurie, nous savons qu’à un certain moment les chevaux délaisseront leurs activités habituelles. Leur curiosité fera qu’ils se rapprocheront des participants. Dans les instants qui suivront, les hauts dirigeants, les professionnels de la santé et les gestionnaires seront nez à nez avec le souffle de cet imposant animal. Un animal en attente d’un début de conversation.

Dans leur language non-verbal ils demandent la même question que posent vos collègues quand vous vous approchez d’eux pour leur parler.

Avant de me demander quelque chose, es-tu bien certain de ce que tu veux ?

La réponse la plus évidente est oui, mais faites une pause. Prenez le temps de vérifier. Prononcez-vous ce oui avec le sentiment d’un plein accord. Portez-vous pleinement votre intention, les mots choisis sont-ils cohérents avec vos gestes, vos paroles et la posture que vous présentez au monde ?

C’est ici que l’Apprentissage guidé par le cheval se distingue d’une façon unique comme outil d’apprentissage. Peut importe leur ancienneté ou leur façon de faire, tous les participants apprennent que les chevaux sont en mesure de détecter et refléter les incongruités, même quand nous tenterons très fort de les camoufler.

Même lorsque nous essayons de nous convaincre nous-mêmes, les chevaux voient et ressentent bien ce qui n’est pas authentique. Pourquoi voudraient-ils vous suivre si le lien de confiance n’existe pas ?

Vous seriez du même avis.

Qu’êtes-vous prêt à faire pour gagner et maintenir la relation?

Établir la relation n’est pas donné. Cela se bâtit grâce à un investissement initial et un coût à long terme. La devise ? Honnêteté émotionnelle, partagée avec intention et transparence.

Vous expulsez vos pensées récurrentes, jugements, présomptions et vous vous mettez au diapason de votre interlocuteur. Ensemble, vous conviendrez des points d’échange et d’entente mutuelle.

Je ne sais par quel bout commencer

Inquiet ? Tout le monde a une bonne raison de se taire, mais même le moins bavard trouve éventuellement une raison de parler.

Pour franchir cette étape plus rapidement essayez de changer votre façon de voir les conversations. Au lieu de confrontation ou effort, qu’adviendrait-il il si chaque conversation représentait une occasion d’exploration. Si les objections étaient les bienvenues et sources de découverte et d’apprentissage.

Comment ce simple changement de perspective pourrait-il changer la dynamique de vos conversations ?

Lier le succès de la conversation à la force de votre relation.

Quand je suis à cheval, j’associe le passage du pas vers le trot et puis vers le galop, à la création d’une ouverture vers l’avant. Je dois créer de l’espace. À un niveau plus subtil, on pourrait dire qu’il s’agit ici de changer la nature de la conversation. Faire de la place à plus de vulnérabilité pour atteindre un niveau de performance supérieure.

À cheval, cela veut dire pour moi de changer mon interprétation de ce que représentent les rênes. Un outil pour retenir mon cheval ou un moyen d’ouvrir et de communiquer à mon cheval qu’il est libre de s’élancer vers l’avant.

Et si j’ai des enjeux à régler et que des émotions montent en moi ?

Gérer cette peur est nécessaire. Faire l’effort et parler tout en voulant quitter la pièce en courant rendra tout le monde mal à l’aise. Préparez-vous.

1. Décrivez en quelques mots la difficulté. Tenez-vous en aux faits.

2. Exprimez- vous ensuite sur l’émotion que cette situation engendre pour vous. Abordez l’émotion plus que la pensée

3. Ensuite, partagez vos points de vue sur les besoins qui sont en cause et qui sont associés à cette difficulté. Abordez tout autant vos besoins individuels comme membre de l’équipe que les besoins de l’autre ou de l’équipe. Parlez de ce qui est important pour vous, ce qui touche à vos valeurs, ce qui éveille vos sentiments.

4. Finalement, rédigez une courte demande que vous seriez prêts à adresser à l’autre personne ou à l’équipe pour corriger la situation ou pour éviter qu’elle se reproduise. Cette demande porte sur les actions concrètes que vous aimeriez voir, les actions concrètes que l’autre aimerait voir.

J’ai travaillé avec une équipe incapable d’avoir de vraies conversations.

Ce qui était observable lors de leur tentative : yeux au plafond, médisances, complaintes incessantes, résistance ouverte, passage de l’argument au mode défensif et on recommence. Pas joli.

Ils en payaient le prix. Épuisés par tant d’hostilité. Exaspérés de ne pouvoir trouver mieux à faire. Ma première rencontre m’a permis de constater à quel point cette équipe était désespérée et désengagée. La perte de productivité était évidente, le climat toxique perceptible.

Cela vous semble familier ? Une partie de la réponse l’était tout autant. Revenir à la base et (re)mettre en place la nécessité d’être en relation pour pouvoir avoir du succès. Une de nos rencontres a été un point tournant. Une discussion qui a permis de clarifier ce qu’ils voulaient pour eux-mêmes et pour l’équipe.

Pour la première fois (depuis très longtemps) ils ont été en mesure de voir combien ces besoins étaient similaires. En s’exprimant de façon audible, les défenses se sont atténuées. En baissant les gardes, l’équipe était en mesure de changer de cap sur de meilleures bases. Des assises solides, encadrées par leur plan d’action, mon support et différents outils en appui.

Être capable de comprendre comment la qualité de la relation est essentielle s’est avéré crucial. Et cela a fait beaucoup de bien. L’environnement toxique s’est estompé et la vie au travail est plus simple pour tout le monde maintenant.

Monter à cheval devient si facile quand aucun des deux ne résiste à l’autre.

Élargir votre point de vue et remettre en question vos croyances améliorent vos relations. La cohérence entre l’action et l’intention combinée à l’honnêteté permettent une conversation empreinte d’authenticité.

Dans notre monde complexe, mieux vaut être outillé pour composer avec différentes situations, dans différents contextes. Il y aura des randonnées plus faciles que d’autres. Être vulnérable c’est avant tout débuter sans croire que nous avons réponse à tout.

Et le faire avec un cheval, des collègues ou une équipe convaincus de votre cohérence signifie que vous ne faites pas la randonnée seul.